L’essentiel
- En Belgique, aucune loi n’exige un contrat à durée indéterminée (le « CDI ») pour obtenir un crédit à la consommation.
- Le prêteur doit en revanche évaluer rigoureusement votre solvabilité et consulter la Centrale des crédits aux particuliers de la Banque nationale (Code de droit économique, art. VII.77).
- Sans CDI, ce qui fait la différence est la preuve de revenus réguliers, un budget qui laisse de la marge et l’absence de retard de paiement enregistré.
- Méfiez-vous de toute offre qui exige un paiement préalable pour « débloquer » un crédit : c’est le schéma type des faux crédits décrits par la FSMA.
Peut-on obtenir un crédit à la consommation sans CDI ?
Oui, c’est possible. Le terme « CDI » vient du vocabulaire français ; en Belgique, on parle de contrat de travail à durée indéterminée. Le Livre VII du Code de droit économique, qui encadre le crédit à la consommation, ne cite aucun type de contrat de travail comme condition d’accès.
Ce que la loi impose, c’est une vérification : avant de conclure le contrat, le prêteur procède à une « évaluation rigoureuse » de votre solvabilité et vérifie que vous serez en mesure de rembourser (art. VII.77, § 1er). Il ne peut conclure le crédit que s’il estime raisonnablement que vous pourrez respecter vos obligations (art. VII.77, § 2).
Un contrat à durée indéterminée facilite souvent cette démonstration, parce que le revenu futur paraît plus prévisible. Sans lui, la décision dépend de la politique de chaque prêteur et de la solidité de votre dossier. Personne ne peut donc vous promettre un accord à l’avance.
Ce que le prêteur doit vérifier, CDI ou pas
Le questionnaire de solvabilité
Le prêteur (ou l’intermédiaire de crédit) doit vous soumettre un formulaire de demande. Selon l’article VII.69, ce questionnaire porte au minimum sur :
- le but du crédit ;
- vos revenus ;
- les personnes à votre charge ;
- vos engagements financiers en cours, dont le nombre et le montant des crédits.
Vous devez y répondre de manière exacte et complète. Le questionnaire ne peut en aucun cas porter sur votre santé, vos opinions, votre origine ou votre appartenance syndicale ou mutualiste.
La consultation de la Centrale des crédits aux particuliers
La Centrale des crédits aux particuliers, gérée par la Banque nationale de Belgique (BNB), enregistre les crédits à la consommation et hypothécaires conclus à des fins privées, ainsi que les défauts de paiement. Le prêteur est obligé de la consulter avant d’accorder un crédit.
Point important : si la Centrale mentionne des impayés de plus de 1.000 € non remboursés sur un crédit à la consommation, le prêteur ne peut pas conclure de nouveau crédit. Pour des impayés moins importants, il ne peut le faire qu’avec une motivation complémentaire dans le dossier (art. VII.77, § 2). Si vous êtes dans ce cas, lisez notre page sur le crédit en étant fiché à la BNB.
Vous pouvez consulter gratuitement vos propres données à la Centrale, notamment en ligne avec votre carte d’identité électronique. Le faire avant une demande évite les mauvaises surprises.
Le crédit adapté à votre situation
Le prêteur doit aussi rechercher le type et le montant de crédit les mieux adaptés à votre situation financière et au but du crédit (art. VII.75). Un montant trop élevé par rapport à vos revenus est donc un motif légitime de refus, quel que soit votre contrat.
Situation par situation : ce qui aide votre dossier
Les prêteurs fixent eux-mêmes leurs critères d’acceptation ; la loi ne détermine ni ancienneté minimale ni ratio d’endettement chiffré. Les pistes ci-dessous visent à rendre vos revenus lisibles, pas à contourner l’analyse.
Contrat à durée déterminée (CDD)
- Montrez la date de fin du contrat actuel et, le cas échéant, les contrats précédents chez le même employeur ou dans le même secteur.
- Une durée de remboursement qui ne dépasse pas de loin votre horizon de revenus connu rend la demande plus cohérente.
- Une promesse écrite de renouvellement ou de passage à durée indéterminée, si vous l’avez, est un document utile.
Travail intérimaire
- Les fiches de paie de plusieurs mois consécutifs montrent la régularité réelle de vos missions.
- Les extraits de compte permettent de voir comment votre budget absorbe les semaines sans mission.
- Calculez vous-même votre revenu moyen et votre plus mauvais mois (voir l’exemple plus bas) : c’est ce que le prêteur cherchera à comprendre.
Indépendant ou freelance
- L’avertissement-extrait de rôle est la pièce la plus parlante pour attester un revenu professionnel déclaré ; préparez les derniers disponibles.
- En début d’activité, sans exercice fiscal complet, le dossier est plus difficile à documenter : les comptes intermédiaires ou déclarations TVA peuvent compléter le tableau.
- Séparez clairement dépenses privées et professionnelles : le crédit à la consommation finance un besoin privé.
Pension, allocations ou revenus de remplacement
- Une pension ou une allocation versée chaque mois est un revenu régulier que le prêteur peut prendre en compte.
- Le montant, souvent plus modeste qu’un salaire, limite surtout la mensualité supportable.
- Pour une allocation limitée dans le temps, prévoyez une durée de remboursement cohérente avec sa durée prévisible.
Fonction publique : contractuel ou stagiaire
Un agent contractuel de la fonction publique peut être engagé à durée déterminée ou indéterminée. Présentez votre contrat tel qu’il est : c’est sa durée et la régularité de la rémunération qui comptent, pas l’employeur.
Les documents à préparer
La liste exacte dépend du prêteur. Les pièces suivantes répondent aux points du questionnaire légal (revenus, charges, crédits en cours) :
- votre carte d’identité (le prêteur doit vérifier votre identité, art. VII.76) ;
- vos dernières fiches de paie ou attestations de revenus (contrat en cours, contrats d’intérim, attestation de pension ou d’allocation) ;
- vos extraits de compte récents ;
- votre dernier avertissement-extrait de rôle, surtout si vous êtes indépendant ;
- les contrats et tableaux d’amortissement de vos crédits en cours ;
- le cas échéant, le devis ou bon de commande lié au projet financé.
Exemple chiffré : un intérimaire aux revenus irréguliers
Hypothèses fictives, choisies pour illustrer le calcul (ce n’est ni une offre, ni un seuil d’acceptation) : une personne seule, intérimaire, a perçu sur 12 mois les salaires nets suivants : 2.100, 2.050, 1.950, 2.200, 1.100, 2.080, 2.150, 1.900, 2.000, 2.120, 1.300 et 2.050 €. Ses charges mensuelles fixes et courantes s’élèvent à 1.640 € (loyer 750 €, énergie et eau 160 €, téléphone et internet 60 €, assurances 70 €, transport 150 €, alimentation et dépenses courantes 450 €). Elle n’a aucun crédit en cours.
- Revenu total sur 12 mois : 23.000 €, soit un revenu moyen de 1.916,67 € par mois.
- Marge moyenne après charges : 1.916,67 − 1.640 = 276,67 € par mois.
- Avec une mensualité de 250 € : il resterait 26,67 € en moyenne, un budget beaucoup trop serré au moindre imprévu.
- Avec une mensualité de 150 € : il resterait 126,67 € en moyenne.
- Le plus mauvais mois (1.100 €) : même sans crédit, les charges dépassent le revenu de 540 €. Avec 150 € de mensualité, il manque 690 € ce mois-là.
Conclusion de l’exemple : pour ce profil, une petite mensualité reste envisageable à condition de disposer d’une réserve d’épargne couvrant les creux entre missions. Le montant empruntable dépend ensuite du coût du crédit et de la durée, que vous lirez sur la fiche d’information standardisée (SECCI) remise par le prêteur. Pour comprendre les taux et les plafonds légaux, voyez notre page sur le taux d’un prêt à la consommation.
Les erreurs qui pèsent sur une demande
- Demander plus que ce que le budget supporte : le prêteur doit proposer le montant adapté ; un montant excessif mène logiquement à un refus ou à une contre-proposition.
- Omettre un crédit en cours : il apparaît de toute façon à la Centrale, et une déclaration inexacte fragilise tout le dossier.
- Multiplier les demandes au hasard : mieux vaut préparer un dossier complet et comparer des offres écrites.
- Comparer uniquement la mensualité : une durée plus longue réduit la mensualité mais augmente le coût total. Comparez le TAEG et le montant total dû.
Alternatives si le crédit n’est pas adapté
- Réduire le montant ou reporter le projet le temps de constituer une épargne ou d’obtenir un contrat plus long.
- Ajouter une personne solidairement tenue (co-emprunteur) ou une caution : c’est un engagement réel pour elle, et sa solvabilité est aussi évaluée (art. VII.77).
- Négocier un paiement échelonné directement avec le fournisseur, si c’est possible pour votre achat.
- Demander de l’aide à un service de médiation de dettes agréé si le besoin de crédit sert à payer des dettes existantes : un nouveau crédit n’est alors pas une solution.
Méfiez-vous des « crédits sans justificatif »
Les personnes sans contrat stable sont une cible privilégiée des faux prêteurs. La FSMA décrit un schéma récurrent : une offre à des conditions particulièrement avantageuses (montant très élevé au regard de la situation de la personne, taux extrêmement faible, durée exceptionnellement longue), puis une demande de paiement préalable présenté comme des frais de dossier, de légalisation, des frais administratifs ou une assurance. Une fois la somme versée, le « prêteur » disparaît.
- Vérifiez l’identité et l’agrément de l’entreprise sur le site de la FSMA.
- Méfiez-vous des offres reçues sans demande, par e-mail ou réseaux sociaux, et des adresses de messagerie gratuites.
- Refusez de payer une somme préalable pour « débloquer » un crédit, surtout par « mandat cash » (transfert international d’argent comptant).
Rappelez-vous aussi qu’un vrai prêteur est légalement tenu de consulter la Centrale : une offre qui vous dispense de tout contrôle est en soi un signal d’alerte.
Après la signature : le délai de réflexion
Pour un crédit à la consommation, vous disposez de 14 jours pour renoncer au contrat sans donner de motif (art. VII.83). Si vous avez déjà reçu les fonds, vous remboursez le capital et les intérêts courus, au plus tard 30 jours après votre notification.
Faire une demande de prêt personnel
Si votre budget laisse une marge réelle, vous pouvez introduire une demande de prêt personnel auprès d’Express Finance, courtier et intermédiaire en crédit (site commercial). La demande est soumise à l’analyse de votre solvabilité par le prêteur ; aucune acceptation n’est garantie. Pour comparer, notre page sur le prêt personnel pas cher explique quoi regarder dans une offre.
Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Sources
- Code de droit économique, Livre VII, articles VII.69, VII.75, VII.76, VII.77 et VII.83 (texte consolidé, Justel, Moniteur belge), consulté le 24/09/2026.
- Banque nationale de Belgique, Centrale des crédits aux particuliers (CCP), consulté le 24/09/2026.
- Wikifin (FSMA), Le rôle de la Centrale des crédits aux particuliers, consulté le 24/09/2026.
- Wikifin (FSMA), De quelle protection bénéficie l’emprunteur ?, consulté le 24/09/2026.
- FSMA, Faux crédits, consulté le 24/09/2026.
