Quand l’argent manque pour payer toutes ses dettes, il n’existe pas de solution miracle pour les « payer sans argent ». En revanche, en Belgique, plusieurs outils permettent de reprendre la main : trier les dettes par urgence, obtenir des délais auprès des créanciers, se faire aider gratuitement par un service de médiation de dettes et, si rien ne suffit, demander un règlement collectif de dettes au tribunal du travail. La loi limite aussi ce qu’un créancier peut réclamer et ce qui peut être saisi sur vos revenus. Le plus important est d’agir tôt, avant que les frais et les procédures ne s’accumulent.
L’essentiel
- Payez d’abord ce qui protège votre logement, votre énergie et votre santé, puis négociez le reste.
- Contactez chaque créancier par écrit et proposez un montant réaliste : un plan de paiement accepté vaut mieux qu’un paiement irrégulier.
- Pour une dette envers une entreprise, le premier rappel est gratuit et vous laisse au moins 14 jours calendrier pour payer sans frais (Livre XIX du Code de droit économique).
- Les services de médiation de dettes agréés (CPAS, associations agréées) aident gratuitement.
- Une partie de vos revenus est protégée contre la saisie : en 2026, un salaire net jusqu’à 1 419 € par mois est entièrement insaisissable (hors pensions alimentaires).
- Un nouveau crédit pour rembourser des dettes en retard aggrave presque toujours la situation.
Étape 1 : faire la liste complète de vos dettes
Avant de payer quoi que ce soit, rassemblez tous les courriers : factures, rappels, mises en demeure, lettres d’un bureau de recouvrement, d’un avocat ou d’un huissier. Pour chaque dette, notez :
- le créancier et ses coordonnées ;
- le montant de départ et le montant réclamé aujourd’hui (frais et intérêts compris) ;
- la date limite indiquée et le stade atteint : simple rappel, mise en demeure, citation en justice, jugement, saisie annoncée ;
- ce que vous pouvez réellement payer chaque mois, une fois les dépenses indispensables couvertes.
Ouvrez tous les courriers, même ceux que vous redoutez. Un recommandé non retiré ne suspend pas les délais, et une citation ignorée peut aboutir à un jugement rendu sans que vous ayez pu vous défendre.
Étape 2 : payer d’abord les dettes prioritaires
Toutes les dettes n’ont pas les mêmes conséquences. Quand le budget ne suffit pas, payez en priorité ce qui touche à vos besoins de base, puis ce qui peut entraîner des mesures lourdes.
- Priorité haute : loyer ou crédit hypothécaire, énergie, eau, assurance soins de santé, pension alimentaire.
- Priorité importante : impôts, amendes, assurances obligatoires (voiture, incendie si elle est exigée).
- À négocier : crédits à la consommation, cartes de crédit, achats à tempérament, télécoms, abonnements.
Ce classement est indicatif : une dette déjà au stade de la saisie ou d’une coupure annoncée devient urgente, quelle que soit sa nature. Ne remboursez jamais un créancier qui insiste plus fort au détriment de votre loyer ou de votre énergie.
Étape 3 : contacter les créanciers et demander un plan de paiement
La plupart des créanciers préfèrent un remboursement échelonné à une procédure coûteuse. Écrivez-leur (e-mail ou courrier dont vous gardez une copie) :
- expliquez brièvement votre situation (perte d’emploi, maladie, séparation, baisse de revenus) ;
- reconnaissez la dette si elle est justifiée, ou contestez-la en précisant pourquoi ;
- proposez un montant mensuel que vous pourrez tenir, même modeste ;
- demandez une confirmation écrite du plan et l’arrêt des frais pendant son exécution.
Pour les impôts, vous pouvez demander un plan de paiement au SPF Finances. Pour un crédit à la consommation, vous pouvez aussi demander des facilités de paiement au juge de paix : ces démarches propres au crédit sont détaillées dans notre guide ne plus pouvoir rembourser son crédit.
Un plan accepté doit être respecté. S’il devient intenable, prévenez le créancier avant l’échéance plutôt que d’arrêter de payer sans rien dire.
Ce que la loi prévoit pour vous protéger
Le recouvrement amiable est encadré
Depuis le 1er septembre 2023, le Livre XIX du Code de droit économique fixe des règles pour les dettes d’un consommateur envers une entreprise (fournisseur d’énergie, opérateur télécom, commerçant, etc.). Selon le SPF Économie :
- le premier rappel de paiement est gratuit ;
- vous disposez d’au moins 14 jours calendrier après ce rappel pour payer sans frais ni intérêts de retard ;
- le rappel doit indiquer le montant dû, le créancier, la dette concernée et les montants réclamables en cas de non-paiement ;
- l’indemnité forfaitaire réclamable ensuite est plafonnée ;
- les intérêts de retard ne peuvent pas dépasser le taux directeur majoré de 8 points de pourcentage.
| Montant dû | Indemnité maximale |
|---|---|
| Jusqu’à 150 € | 20 € |
| 150,01 € à 500 € | 30 € + 10 % au-delà de 150 € |
| Plus de 500 € | 65 € + 5 % au-delà de 500 € (max. 2 000 €) |
Exemple : pour une facture impayée de 400 €, l’indemnité ne peut pas dépasser 30 € + 10 % × 250 € = 55 €. Pour 1 000 €, le maximum est 65 € + 5 % × 500 € = 90 €. Si un décompte dépasse ces plafonds ou si le premier rappel a été facturé, contestez-le par écrit et montrez-le à un service de médiation de dettes.
Une partie de vos revenus ne peut pas être saisie
Même après un jugement, un créancier ne peut pas saisir la totalité de votre salaire ou de vos allocations. Le Code judiciaire (art. 1409) prévoit des tranches protégées, indexées chaque année. Montants applicables depuis le 1er janvier 2026 (arrêté royal du 3 décembre 2025, publié au Moniteur belge le 10 décembre 2025), par mois et en net (part saisissable de chaque tranche, pour un salaire et pour un revenu de remplacement comme le chômage ou les indemnités de mutuelle) :
| Revenu net | Salaire | Allocation |
|---|---|---|
| Jusqu’à 1 419 € | 0 % | 0 % |
| 1 419,01 à 1 524 € | 20 % | 20 % |
| 1 524,01 à 1 682 € | 30 % | 40 % |
| 1 682,01 à 1 839 € | 40 % | 40 % |
| Au-delà de 1 839 € | 100 % | 100 % |
Le pourcentage s’applique seulement à la part du revenu comprise dans chaque tranche. La part saisissable est en outre diminuée de 88 € par enfant à charge, si vous signalez cet enfant à charge. Ces limites ne s’appliquent pas aux dettes de pension alimentaire.
Exemple (hypothèse : salaire net de 1 700 € par mois) : 20 % × 105 € + 30 % × 158 € + 40 % × 18 € = 21 € + 47,40 € + 7,20 € = 75,60 € saisissables au maximum. Avec un enfant à charge signalé, la part saisissable tombe à 0 € (75,60 € − 88 €). Pour une allocation de chômage du même montant, le maximum serait de 91,40 €.
Se faire aider gratuitement : la médiation de dettes
Si vous avez plusieurs créanciers ou si votre budget ne permet plus de faire face, un service de médiation de dettes établit avec vous un budget, vérifie les montants réclamés et négocie un plan de remboursement global avec vos créanciers. Les services agréés par les Régions, dont de nombreux CPAS et des associations agréées, aident gratuitement. Un avocat ou un notaire peut aussi être médiateur de dettes, mais ses honoraires sont alors à discuter.
Pour trouver un service :
- Wallonie : numéro vert 1718 et annuaire de l’Observatoire du Crédit et de l’Endettement ;
- Bruxelles : Centre d’Appui aux Services de Médiation de Dettes (liste des services agréés par commune) ;
- Flandre : Vlaams Centrum Schuldenlast ;
- Partout : le CPAS de votre commune, qui peut aussi examiner une aide sociale ponctuelle.
Préparez votre liste de dettes, vos preuves de revenus, votre bail ou votre contrat de crédit hypothécaire et vos dernières factures. Plus le dossier est complet, plus la négociation avance vite.
Quand l’amiable ne suffit plus : le règlement collectif de dettes
Le règlement collectif de dettes est une procédure judiciaire introduite par requête devant le tribunal du travail de votre domicile. Il s’adresse aux personnes qui ne peuvent durablement plus payer leurs dettes exigibles ou à échoir, sans avoir organisé elles-mêmes leur insolvabilité. Le tribunal désigne un médiateur de dettes judiciaire, qui centralise vos revenus, vous verse de quoi vivre et élabore un plan de remboursement avec vos créanciers ; à défaut d’accord, le juge peut imposer un plan.
Ce qu’il faut savoir avant de se lancer :
- les saisies et les intérêts sont suspendus pendant la procédure, mais vous ne pouvez plus gérer librement votre budget ni contracter de nouvelles dettes sans autorisation ;
- la procédure est enregistrée à la Centrale des crédits aux particuliers de la Banque nationale, ce qui empêche en pratique d’obtenir un nouveau crédit ;
- elle peut durer plusieurs années et impose des obligations strictes (transparence, collaboration avec le médiateur).
Un service de médiation de dettes agréé ou le CPAS peut vous aider à préparer la requête. Les conséquences d’un enregistrement à la Centrale sont expliquées dans notre article sur le crédit quand on est fiché à la Banque nationale.
Les pièges à éviter
- Emprunter pour rembourser des dettes en retard : un nouveau crédit repousse le problème et ajoute des coûts. Avec des retards déjà enregistrés, il est d’ailleurs rarement accordé par un prêteur sérieux.
- Le regroupement de crédits présenté comme une solution miracle : il abaisse la mensualité en allongeant la durée, ce qui augmente en général le coût total. Il ne règle pas les factures, le loyer ou les impôts en retard.
- Les faux prêteurs : la FSMA met en garde contre les offres de crédit qui demandent de payer des frais avant le versement, promettent un prêt sans vérification ou utilisent une adresse e-mail gratuite. Vérifiez toujours l’agrément du prêteur auprès de la FSMA.
- Les sociétés qui promettent d’« effacer » vos dettes contre paiement : aucune démarche ne fait disparaître une dette valable. La médiation de dettes agréée est gratuite.
- Payer au plus pressant : céder à la relance la plus insistante peut vous faire perdre votre logement ou votre énergie.
Si vous avez besoin d’argent pour tenir ce mois-ci
Avant tout nouvel emprunt, vérifiez les pistes qui ne créent pas de dette supplémentaire : droits sociaux non demandés, aide ponctuelle du CPAS, avance de l’employeur, vente d’un bien inutilisé. Elles sont passées en revue dans notre article besoin d’argent sans faire de crédit.
Le plan d’action en résumé
- Rassembler et ouvrir tous les courriers, lister chaque dette et son stade.
- Établir un budget : revenus, dépenses indispensables, montant disponible.
- Payer d’abord le logement, l’énergie, l’eau et la santé.
- Écrire aux autres créanciers pour proposer un plan de paiement réaliste.
- Vérifier chaque décompte : premier rappel gratuit, délai de 14 jours, indemnités plafonnées.
- Contacter sans attendre un service de médiation de dettes agréé ou le CPAS si les dettes dépassent vos moyens.
- Envisager avec lui un règlement collectif de dettes si aucun accord amiable n’est possible.
Sources
Consultées le 26 septembre 2026.
- SPF Économie, Factures impayées : rappel gratuit et indemnités limitées (communiqué du 31 août 2023, Livre XIX du Code de droit économique).
- SPF Emploi, Travail et Concertation sociale, Saisie et cession sur salaires (mécanisme de l’art. 1409 du Code judiciaire).
- Montants 2026 : arrêté royal du 3 décembre 2025, Moniteur belge du 10 décembre 2025, repris par le Centre d’Appui aux Services de Médiation de Dettes de la Région de Bruxelles-Capitale (19 décembre 2025).
- Wallonie, Action sociale, Service de médiation de dettes.
- Observatoire du Crédit et de l’Endettement, Trouver un service de médiation de dettes.
- Centre d’Appui aux Services de Médiation de Dettes, Trouver un service de médiation de dettes.
- Wikifin (FSMA), Que faire si vous n’arrivez plus à rembourser votre crédit ? (mise à jour du 9 février 2026).
- SPF Finances, Demander un plan de paiement.
- FSMA, Faux crédits.
