L’essentiel
- Un regroupement (ou rachat) de crédits consiste à rembourser plusieurs crédits en cours avec un nouveau crédit unique.
- La mensualité baisse surtout parce que la durée s’allonge : le coût total est alors généralement plus élevé.
- Rembourser un crédit par anticipation peut entraîner une indemnité, plafonnée par la loi.
- Le prêteur doit vérifier votre solvabilité et consulter la Centrale des crédits aux particuliers : un regroupement n’est jamais acquis.
- Si vous n’arrivez plus à payer, un médiateur de dettes reconnu est souvent une meilleure piste qu’un nouveau crédit.
Sommaire
Regroupement de crédits : de quoi parle-t-on ?
Regrouper ses crédits, c’est demander à un prêteur un nouveau crédit dont le montant sert à solder plusieurs crédits existants : prêts à tempérament, prêt voiture, ouverture de crédit, parfois un crédit hypothécaire. Vous n’avez ensuite plus qu’une échéance, un taux et une date de fin.
Les termes « regroupement », « rachat » ou « centralisation » de crédits désignent en pratique la même opération. Ce qui change vraiment, c’est la forme du nouveau crédit :
- Sans garantie hypothécaire : le nouveau contrat est un crédit à la consommation (le plus souvent un prêt à tempérament), soumis aux règles du Livre VII du Code de droit économique sur le crédit à la consommation.
- Avec une hypothèque sur un logement : le Code le qualifie de crédit hypothécaire avec une destination mobilière lorsqu’il ne sert pas à acheter ou conserver un bien immobilier (art. I.9, 53/2°), ou avec une destination immobilière s’il refinance un crédit logement (art. I.9, 53/1°). Des frais d’acte et d’inscription hypothécaire s’ajoutent alors.
Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Pourquoi la mensualité baisse… et le coût total monte
Un regroupement ne fait pas disparaître de dette : il la réorganise. La baisse de mensualité vient presque toujours de l’allongement de la durée. Plus vous remboursez longtemps, plus vous payez d’intérêts, même à taux égal. Un meilleur taux peut compenser en partie, mais il faut le calculer au cas par cas.
Exemple chiffré (illustratif)
Hypothèses, choisies uniquement pour illustrer le calcul (ce ne sont pas des offres) :
- Crédit A : 8 000 € restant dus, 24 mois restants, taux annuel de 9 % → 364,19 €/mois.
- Crédit B : 6 000 € restant dus, 36 mois restants, taux annuel de 10 % → 192,39 €/mois.
- Aujourd’hui : 556,58 €/mois pendant 24 mois, puis 192,39 €/mois. Il reste 15 666,60 € à payer au total.
- Nouveau crédit de 14 140 € (14 000 € de capital + 140 € d’indemnités maximales de remboursement anticipé, soit 1 % de chaque capital remboursé), au taux annuel de 9 %, sans autres frais.
| Durée | Mensualité | Total payé |
|---|---|---|
| Actuel | 556,58 € | 15 666,60 € |
| 36 mois | 447,34 € | 16 104,24 € |
| 60 mois | 291,12 € | 17 467,20 € |
| 84 mois | 224,99 € | 18 899,16 € |
Dans cet exemple, regrouper sur 60 mois fait passer la mensualité de 556,58 € à 291,12 €, mais coûte 1 800,60 € de plus au total. Sur 84 mois, le surcoût atteint 3 232,56 €. Calcul : taux annuels convertis en taux mensuels équivalents, mensualités constantes, montants arrondis au centime. Frais de dossier, d’assurance ou d’hypothèque non inclus : ils alourdiraient encore le total.
Pour refaire ce calcul avec vos propres chiffres, établissez le tableau d’amortissement de chaque option (voir notre guide sur le plan d’amortissement d’un emprunt) et comparez les montants totaux, pas seulement les mensualités.
Les coûts à intégrer avant de décider
Indemnité de remboursement anticipé
Solder un crédit existant, c’est le rembourser par anticipation. La loi fixe des plafonds :
- Crédit à la consommation (art. VII.97) : au maximum 1 % du capital remboursé si plus d’un an reste à courir, 0,5 % si c’est un an ou moins. Aucune indemnité pour une ouverture de crédit, ni pendant une période où le taux débiteur n’est pas fixe. Vous devez prévenir le prêteur par envoi recommandé au moins dix jours avant le remboursement (art. VII.96).
- Crédit hypothécaire (art. VII.147/12) : au maximum trois mois d’intérêts calculés sur le solde restant dû.
Frais du nouveau crédit
- Le TAEG du nouveau crédit, à comparer au taux de chacun des crédits remboursés (voir comment se forme le taux d’un prêt à la consommation).
- En cas d’hypothèque : frais de notaire, droits d’enregistrement et d’inscription hypothécaire, éventuelle expertise du bien.
- Les éventuelles assurances liées au nouveau crédit.
Intermédiaire de crédit
Un intermédiaire ne peut recevoir aucune rémunération du consommateur qui le sollicite (art. VII.114, § 1er). S’il a déjà placé le crédit remboursé, il ne touche pas de commission sur le nouveau, sauf baisse significative du TAEG (art. VII.114, § 4).
Ce que vérifie le prêteur
Avant de conclure, le prêteur doit évaluer rigoureusement votre solvabilité et consulter la Centrale des crédits aux particuliers de la Banque nationale (art. VII.77). Tous vos crédits à la consommation et hypothécaires y figurent, ainsi que les éventuels défauts de paiement, qui peuvent rester enregistrés jusqu’à dix ans (Wikifin). Un regroupement peut donc être refusé, en particulier si des retards sont déjà enregistrés.
Vous pouvez consulter gratuitement vos propres données à la Centrale (par eID en ligne, par lettre, par courriel ou au guichet de la BNB) avant toute démarche : c’est la meilleure façon de savoir ce que le prêteur verra.
Une fois le contrat de crédit à la consommation signé, vous disposez en principe d’un délai de renonciation de quatorze jours (art. VII.83).
Quand un regroupement peut avoir du sens
- Le nouveau TAEG est nettement inférieur à celui des crédits remboursés, et la durée n’est pas (ou peu) allongée.
- Vous remboursez une ouverture de crédit coûteuse que vous clôturez ensuite, pour ne pas la réutiliser.
- Votre budget reste équilibré après l’opération, sans dépendre d’un nouveau découvert.
Pour comparer les taux proposés entre prêteurs, la méthode est la même que pour un prêt personnel : voir comment trouver un prêt personnel moins cher.
Quand ce n’est pas la bonne solution
Si vous regroupez parce que vous n’arrivez plus à payer vos échéances, un nouveau crédit risque de repousser le problème en l’aggravant. La loi interdit d’ailleurs la publicité qui incite au regroupement de crédits ou qui pousse un consommateur incapable de faire face à ses dettes à recourir au crédit (art. VII.65 et VII.123).
Wikifin (FSMA) recommande dans ce cas de :
- Contacter au plus vite votre prêteur pour demander une suspension temporaire ou un étalement des paiements, et consigner l’accord par écrit recommandé.
- À défaut d’accord dans un délai d’un mois, vous adresser au juge de paix, qui peut accorder un rééchelonnement.
- Faire appel à un médiateur de dettes reconnu (CPAS, avocat, notaire, certaines asbl agréées). La médiation de dettes n’est autorisée qu’à ces personnes et institutions (art. VII.115).
- En dernier recours, envisager le règlement collectif de dettes devant le tribunal du travail.
Erreurs fréquentes
- Comparer seulement les mensualités : c’est le montant total remboursé qui dit si l’opération est rentable.
- Oublier les indemnités et les frais : ils s’ajoutent au capital à refinancer.
- Garder l’ouverture de crédit ouverte après l’avoir soldée : le risque est de la réutiliser et de cumuler à nouveau.
- Emprunter « un peu plus » au passage : chaque euro ajouté est remboursé sur toute la durée, avec intérêts.
- Mettre son logement en garantie pour des dettes de consommation sans mesurer les frais d’acte et le risque en cas de défaut.
- Omettre un crédit dans la demande : le prêteur le verra à la Centrale.
Sources
- Code de droit économique, Livre VII (version consolidée Justel, Moniteur belge) : art. I.9, 53/1° et 53/2° ; VII.65 ; VII.77 ; VII.83 ; VII.96 ; VII.97 ; VII.114 ; VII.115 ; VII.123 ; VII.147/12 — consulté le 24/09/2026.
- Wikifin (FSMA), Le rôle de la Centrale des crédits aux particuliers (mise à jour du 16/02/2026) — consulté le 24/09/2026.
- Wikifin (FSMA), Que faire si vous n’arrivez plus à rembourser votre crédit ? (mise à jour du 09/02/2026) — consulté le 24/09/2026.
- SPF Économie, Médiation de dettes — consulté le 24/09/2026.
Guide d’information générale et indépendant d’un prêteur : il ne constitue ni une offre de crédit ni un conseil personnalisé. Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
