Au chômage, un rachat de crédit (ou regroupement de crédits) est rarement accessible et rarement la meilleure solution. En Belgique, le prêteur doit vérifier que vous pourrez rembourser le nouveau crédit. Vos allocations comptent comme revenus, mais elles sont souvent plus faibles que votre ancien salaire et, depuis la réforme du chômage, limitées dans le temps. Si vos mensualités deviennent trop lourdes, les démarches les plus utiles sont souvent ailleurs : négocier avec votre prêteur, demander des facilités de paiement ou faire appel à un service de médiation de dettes.
L’essentiel
- Aucune loi n’interdit un crédit à une personne au chômage, mais le prêteur doit refuser s’il ne peut pas raisonnablement estimer que vous rembourserez.
- Un rachat qui allonge la durée fait baisser la mensualité, mais augmente le coût total.
- Contactez votre prêteur dès que vous savez que vous aurez du mal à payer, avant le premier retard.
- Si vous n’arrivez pas à un accord, le juge de paix peut accorder des facilités de paiement ; la médiation de dettes et le règlement collectif de dettes existent aussi.
- Méfiez-vous des offres « spécial chômeurs » qui demandent de payer des frais à l’avance : c’est un signe classique d’arnaque.
Rachat de crédit au chômage : pourquoi c’est difficile
Un rachat de crédit consiste à souscrire un nouveau crédit pour rembourser un ou plusieurs crédits existants. Ce nouveau crédit est soumis aux mêmes règles que n’importe quelle demande.
Le prêteur doit évaluer votre solvabilité
Le Code de droit économique oblige le prêteur à procéder à une évaluation « rigoureuse » de votre solvabilité et à consulter la Centrale des crédits aux particuliers de la Banque nationale (article VII.77, § 1er). Il ne peut conclure le contrat que s’il « doit raisonnablement estimer » que vous serez en mesure de respecter vos obligations (article VII.77, § 2). Le questionnaire porte notamment sur vos revenus, vos personnes à charge et vos crédits en cours (article VII.69).
Wikifin, le site d’éducation financière de la FSMA, rappelle qu’il faut déclarer tous vos revenus, y compris les revenus de remplacement, et que le prêteur « peut – et même doit » refuser un crédit s’il pense que vous ne pourrez pas le rembourser.
Des allocations limitées dans le temps
Selon l’ONEM, pour les demandes d’allocations admises depuis le 1er mars 2026, le droit aux allocations de chômage complet est limité à 24 mois maximum (12 mois de base, plus jusqu’à 12 mois selon le passé professionnel) ; les allocations d’insertion sont limitées à un an. Des dates de fin de droit ont aussi été fixées, par vagues, pour les personnes déjà indemnisées en juin 2025. Le 10 septembre 2026, la Cour constitutionnelle a annulé une partie de ce régime transitoire ; l’ONEM analyse les dossiers concernés.
Pour un prêteur, un revenu dont la fin est connue pèse lourd face à un crédit de plusieurs années. Pour vous, c’est une raison de plus de ne pas vous engager sur une mensualité que vous ne pourrez plus payer à la fin de votre droit.
Un retard enregistré peut bloquer toute nouvelle demande
Si des impayés de plus de 1 000 euros au total sur un crédit à la consommation sont enregistrés à votre nom à la Centrale et n’ont pas été remboursés, un prêteur ne peut pas vous accorder de nouveau crédit (article VII.77, § 2). Pour comprendre ce fichage et comment le consulter, voir notre guide crédit et fichage à la Banque nationale.
Une mensualité plus basse, un coût plus élevé
Même accordé, un rachat qui allonge la durée coûte plus cher au total (voir l’exemple chiffré plus bas). Ajoutez les éventuelles indemnités de remboursement anticipé et les frais du nouveau crédit. Le détail de ces coûts est expliqué dans notre guide sur le regroupement de crédits et son coût réel. Attention, emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent.
Ce que vous pouvez réellement faire
1. Parler à votre prêteur avant le premier retard
Wikifin conseille de contacter votre prêteur ou votre intermédiaire de crédit au plus vite. Vous pouvez lui demander une suspension temporaire des paiements ou un étalement du remboursement sur une période plus longue, pour réduire la mensualité. Faites confirmer par écrit (Wikifin recommande un envoi recommandé) les facilités qui ont été convenues.
Depuis le 24 janvier 2025, le prêteur doit avoir des politiques qui l’incitent, s’il y a lieu, à faire preuve d’une « tolérance raisonnable » avant d’engager une procédure d’exécution. Les mesures de grâce accordées dans ce cadre n’entraînent ni frais de dossier ni intérêts de retard : seul le taux débiteur prévu au contrat continue de s’appliquer (article VII.105, § 1er). Ce n’est pas un droit automatique à un report, mais c’est un argument à connaître.
Pour préparer cette discussion, notre page que faire quand le remboursement devient impossible détaille ce qui se passe en cas d’impayé.
2. Demander des facilités de paiement au juge de paix
Pour un crédit à la consommation, le juge de paix peut accorder des facilités de paiement au consommateur dont la situation financière s’est aggravée (article VII.107). Selon Wikifin, vous pouvez le saisir si le prêteur refuse vos demandes ou n’y répond pas dans un délai d’un mois. Le juge peut étaler les échéances futures ; si cela augmente les coûts du crédit, il fixe la part à votre charge.
3. Faire appel à un service de médiation de dettes
Si vous avez plusieurs créanciers (crédits, loyer, énergie, factures) ou si la discussion avec votre prêteur n’aboutit pas, un médiateur de dettes examine votre budget et négocie un plan de remboursement avec vos créanciers. En Belgique, la médiation de dettes est réservée aux avocats, officiers ministériels, mandataires de justice, institutions publiques et institutions privées agréées (article VII.115). Le CPAS de votre commune est une première porte d’entrée. Pour trouver un service :
- Région de Bruxelles-Capitale : le Centre d’appui aux services de médiation de dettes (mediationdedettes.be) ;
- Wallonie : l’Observatoire du crédit et de l’endettement (observatoire-credit.be), qui propose une recherche de service de médiation.
Demandez dès le premier contact comment se déroule l’accompagnement et si des frais sont prévus.
4. Le règlement collectif de dettes
Si la médiation amiable ne suffit pas, il reste le règlement collectif de dettes : une procédure judiciaire devant le tribunal du travail de votre domicile. Wikifin la décrit comme une procédure qui vous accorde du temps pour vous en sortir financièrement, mais qui va de pair avec des règles et des conditions strictes. Parlez-en d’abord avec un service de médiation de dettes, qui pourra vous dire si elle est adaptée à votre situation.
5. Vérifier vos contrats et vos droits
- Relisez vos contrats de crédit : une assurance facultative couvrant la perte d’emploi a peut-être été souscrite avec l’un d’eux. Vérifiez ses conditions et délais de déclaration.
- Vérifiez la date de fin de votre droit aux allocations (lettre de l’ONEM ou de votre organisme de paiement) et construisez votre budget en conséquence.
- Si vos revenus deviennent insuffisants, renseignez-vous auprès du CPAS sur l’aide à laquelle vous pourriez avoir droit.
Exemple chiffré : ce que coûte un allongement de durée
Hypothèses (illustratives, ce n’est pas une offre) : capital restant dû de 12 000 euros, taux débiteur annuel de 8 % (taux mensuel équivalent d’environ 0,643 %), mensualités constantes. Le calcul ne tient compte ni des frais, ni des assurances, ni d’une éventuelle indemnité de remboursement anticipé.
| Durée | Mensualité | Intérêts totaux |
|---|---|---|
| 36 mois | 374,49 € | 1 481,74 € |
| 48 mois | 291,39 € | 1 986,49 € |
| 60 mois | 241,72 € | 2 503,00 € |
| 72 mois | 208,77 € | 3 031,22 € |
Passer de 36 à 72 mois réduit la mensualité d’environ 166 euros, mais double presque les intérêts (+1 549,48 euros). Et si le droit aux allocations prend fin avant la dernière échéance, la mensualité plus basse peut rester trop lourde.
Variante : une pause de 6 mois. Avec les mêmes hypothèses, si les intérêts de la pause (environ 470,77 euros) s’ajoutent au capital et que le remboursement reprend ensuite sur 36 mois, la mensualité passe à 389,18 euros et les intérêts totaux à 2 010,64 euros. Une pause soulage le budget à court terme, mais ne fait pas disparaître la dette. Les modalités réelles dépendent de votre contrat et de l’accord conclu : demandez un tableau d’amortissement écrit avant d’accepter.
Les étapes, dans l’ordre
- Faites votre budget avec vos allocations réelles et votre date de fin de droit : revenus, charges fixes, mensualités de chaque crédit.
- Classez vos dettes : crédits, loyer ou crédit hypothécaire, énergie, impôts, factures en retard.
- Contactez chaque prêteur avant le premier impayé, expliquez la perte d’emploi et proposez une solution (pause, étalement).
- Obtenez l’accord par écrit, avec le nouveau tableau de remboursement.
- Si aucun accord n’est trouvé dans un délai raisonnable, renseignez-vous sur les facilités de paiement auprès du juge de paix.
- Si les dettes s’accumulent, prenez rendez-vous au CPAS ou dans un service de médiation de dettes agréé.
- N’empruntez pas pour rembourser sans avoir vérifié le coût total et votre capacité à payer jusqu’au bout.
Les documents à rassembler
- Vos contrats de crédit et les derniers tableaux d’amortissement ou relevés (solde restant dû) ;
- Les preuves de vos revenus : attestations d’allocations de votre organisme de paiement, lettre indiquant votre date de fin de droit ;
- Vos charges fixes : loyer, énergie, assurances, frais de garde, pensions alimentaires ;
- Les courriers de rappel ou de mise en demeure déjà reçus ;
- Vos contrats d’assurance liés aux crédits.
Ces documents servent autant au prêteur qu’au médiateur de dettes. Vous pouvez aussi consulter gratuitement vos données à la Centrale des crédits aux particuliers (Banque nationale de Belgique) pour obtenir la liste complète de vos crédits enregistrés.
Les risques à connaître
Faux prêteurs et offres « pour chômeurs »
La FSMA décrit la fraude au crédit : un prétendu prêteur promet un crédit à des conditions très avantageuses, puis exige un versement préalable (frais de dossier, d’assurance, de légalisation…). Une fois l’argent versé, il disparaît. Méfiez-vous des offres non sollicitées sur internet ou les réseaux sociaux, des adresses e-mail gratuites (@gmail.com, @hotmail.com, @outlook.com) et des paiements par « mandat cash ». Vérifiez l’identité du prêteur et, en cas de doute, contactez la FSMA.
- Le surendettement : emprunter pour rembourser d’autres dettes déplace souvent le problème. Wikifin conseille d’éviter, autant que possible, d’emprunter dans l’unique but de rembourser ses dettes.
- Payer un intermédiaire : un intermédiaire de crédit ne peut recevoir aucune rémunération du consommateur qui le sollicite (article VII.114, § 1er). Une demande de paiement de votre part est un signal d’alerte.
- Une « médiation » payante non agréée : la médiation de dettes est réservée aux personnes et institutions visées par la loi (article VII.115).
- Laisser traîner : en cas de défaut prolongé, le contrat peut être résilié. Pour un crédit à la consommation, il faut notamment au moins deux échéances impayées (ou 20 % du montant total dû) et une mise en demeure par recommandé restée sans effet pendant un mois (article VII.105, § 2). Le solde devient alors exigible, avec les pénalités prévues par le contrat, dans les limites de l’article VII.106.
Et si c’est un crédit hypothécaire ?
La logique est la même : Wikifin conseille d’expliquer votre situation au prêteur pour chercher une solution. En cas de défaut, des pénalités et intérêts de retard prévus au contrat peuvent s’appliquer, le défaut est signalé à la Centrale des crédits aux particuliers et les garanties peuvent être mises en œuvre. Avant de pouvoir faire vendre le logement saisi, le prêteur doit tenter une conciliation devant le juge des saisies. Si la vente ne couvre pas toute la dette, le solde reste dû. Un rachat hypothécaire au chômage se heurte aux mêmes contrôles de solvabilité qu’un crédit à la consommation.
Questions fréquentes
Peut-on emprunter quand on est au chômage ?
La loi ne l’interdit pas, et les allocations sont des revenus que le prêteur doit prendre en compte. Mais il doit refuser s’il estime que vous ne pourrez pas rembourser. Sur la façon dont un prêteur examine les revenus hors contrat stable (CDD, intérim, allocations), voir notre page crédit à la consommation sans CDI.
Un microcrédit peut-il aider une personne au chômage ?
Seulement si vous lancez une activité professionnelle. En Belgique, un microcrédit comme celui de microStart est un prêt professionnel destiné aux entrepreneurs : jusqu’à 25 000 euros, généralement remboursable sur 48 à 60 mois, avec un accompagnement, et accordé sous réserve d’acceptation. Il ne sert pas à racheter des crédits personnels ni à boucler un budget. Si vous envisagez de devenir indépendant, renseignez-vous d’abord auprès de votre organisme de paiement ou de l’ONEM sur l’effet de ce projet sur vos allocations.
Faut-il vendre un bien financé à crédit ?
C’est parfois l’option la moins coûteuse, par exemple pour une voiture. Notre guide sur le rachat de crédit voiture explique comment solder, vendre ou refinancer un prêt auto.
Sources
Consultées le 25 septembre 2026.
- Code de droit économique, livre VII (articles VII.69, VII.77, VII.105, VII.106, VII.107, VII.114, VII.115), version consolidée en vigueur à la date de consultation : SPF Économie – Livre VII
- Wikifin (FSMA), Que faire si vous n’arrivez plus à rembourser votre crédit ? (mise à jour du 9 février 2026)
- Wikifin (FSMA), Combien êtes-vous capable de rembourser ? (mise à jour du 16 février 2026)
- Wikifin (FSMA), Que se passe-t-il si vous ne savez plus rembourser votre crédit hypothécaire ? (mise à jour du 6 février 2026)
- ONEM, Réforme de l’assurance chômage (mise à jour du 9 septembre 2026) et Conséquences de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 10 septembre 2026
- Banque nationale de Belgique, Centrale des crédits aux particuliers : informations pour les particuliers
- FSMA, Faux crédits
- microStart, microcrédit professionnel (conditions affichées sur le site, consultées le 26 septembre 2026)
Cette page donne une information générale. Elle ne remplace pas l’avis d’un service de médiation de dettes sur votre situation.
